ENTRETIEN l TONY ANATRELLA psychanalyste
Dans un essai percutant, le psychanalyste analyse les revendications et les méthodes des associations les plus radicales.
Selon vous, le militantisme homosexuel radical serait une sorte de totalitarisme. Pouvez-vous expliquer en quoi?
Aujourd'hui, tout devrait se redéfinir à partir de l'homosexualité: le couple, le mariage, la famille, l'éducation, la sexualité, la morale, la vie politique, la culture. Au nom de l'homosexualité, nous sommes dans la manipulation des esprits et le révisionnisme anthropologique. On raconte ainsi aux enfants que l'on peut avoir deux "papas" ou deux "mamans" ,ce qui est un véritable mensonge social, et une transgression de l'ordre symbolique de la parenté. Mais toute critique à l'égard de cette nouvelle dictature est interdite. Un jeu d'intimidation intellectuelle s'est mis en place pour barrer la parole aux spécialistes exprimant des objections. Et la loi liberticide contre les propos dits "homophobes" , sans les définir, votée dans des conditions antidémocratiques en décembre 2004, renoue avec le délit d'opinion en instaurant des tribunaux d'exceptions de sinistre mémoire. Médias et politiques se laissent emporter sans réfléchir aux enjeux de ces détournements de sens. On crée des lois pour répondre à des exigences subjectives en fabriquant artificiellement du "couple" et de la "famille" , sans tenir compte du bien commun et de l'intérêt des enfants.
Vous consacrez une partie de votre livre à analyser la théorie du "gender", cette nouvelle idéologie sexuelle propagée par des intellectuels homosexuels militants, qui prône la fluidité identitaire en lieu et place du schéma classique du masculin et du féminin. Que propose-t-elle au juste?
Cette théorie affirme que le genre sexuel (masculin, féminin) doit remplacer la notion d'identité sexuelle (l'homme et la femme),au prétexte que cette dernière serait l'unique produit de la culture et de l'éducation. Mais ce n'est pas tout, car selon elle, il n'y aurait pas seulement deux genres sexuels, mais plusieurs, comprenant notamment les genres homosexuel et transsexuel. Il s'agit d'un déni de réalité selon lequel la société ne devrait plus reposer sur la différence des sexes, mais sur les orientations sexuelles de chacun. Cette idéologie mortifère, qui prétend libérer la société d'une soi-disant oppression hétérosexuelle, est une usine à gaz délirante. Elle cherche à liquider, à supprimer le sexuel pour ne pas avoir à affronter la crainte que représente la dualité des sexes.
Pourtant, "cette idéologie donne lieu à un tel engouement qu'elle fascine de très nombreux intellectuels, notamment des sociologues et des psychanalystes, suscitant le même aveuglement qu'en son temps le communisme", écrivez-vous. Comment expliquez-vous ce pouvoir de fascination ?
Les intellectuels des pays développés sont attirés par tout ce qui ressemble à de la liberté et à la sortie de la condition humaine. À l'image de Nietzsche, ils sont dans la toute-puissance infantile qui laisse supposer que l'homme se construit tout seul, sans lien avec le passé, sans l'apport de l'héritage culturel, et tout particulièrement celui du christianisme, qui nous a donné le sens de la personne humaine comme étant à la base de la société et du lien social. L’intelligence des choses se fragmente au gré du ressenti individuel et, comme on ne sait plus penser les relations hommes/femmes et le sens de la procréation, des "intellectuels" produisent des théories fumeuses sur la " complexité" , faisant croire que nous avons à inventer une nouvelle humanité, alors que les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont vieux comme le monde. Le"succès" apparent de l'homosexualité révèle en réalité une tendance plus générale de nos sociétés à nier la différence des sexes et à rejeter la sexualité. Nous préparons le puritanisme de demain.
Où s'arrête la comparaison avec le communisme ?
Il s'agit du même processus. Le fantasme d'une nouvelle humanité reste inchangé. Si ce n'est que là où le communisme promettait un avenir radieux dans la destruction des classes, le " gender" nous promet une nouvelle libération dans la destruction de la condition sexuée. Or, la différence des sexes est fondamentale pour accéder au sens de toutes les autres différences. C'est pourquoi l'homosexualité, fondée sur la recherche du même et du semblable, n'est pas une variante de la sexualité humaine parmi d’autres, mais la négation de toutes les différences. L’idéologie du "gender" est une régression, qui en traîne la mort psychique et sexuelle du sujet.
Vous dites que l'on cherche à banaliser ces idées auprès des jeunes. Comment?
Par la valorisation de l'homosexualité dans les médias, présentée comme une sexualité alternative à parité avec celle vécue entre un homme et une femme, et justifiant de ce fait le bien-fondé du mariage et de l'adoption des enfants. Dans les feuilletons qui mettent systématiquement en scène des homosexuels, on entend souvent que "l'amour n'a pas de sexe". Quel déni! Des personnes de même sexe peuvent éprouver des sentiments, mais ces phénomènes ne sont pas significatifs de l'amour. Le couple formé entre un homme et une femme repose sur une relation objectale, là où un duo de personnes de même sexe reste dans une relation narcissique.
Il est assez; surprenant qu'au nom de la lutte contre l'homophobie, des associations homosexuelles interviennent dans des établissements scolaires sans le consentement des parents, comme si on pouvait éduquer les enfants à partir de l'homosexualité! Des adolescents en sont perturbés. Déstabilisés par ces discours, d'autres font parfois des expériences homosexuelles "pour voir" et se retrouvent psychologiquement défaits.
Peut-on lutter contre ce mouvement?
Il faut rappeler et même inscrire dans le code civil que le couple, le mariage et la famille ne concernent que l'association d'un homme et d'une femme, puisque c'est à eux qu'il revient de fonder le lien social. Le reste relève du domaine du privé. La loi n'a pas à légaliser et encore moins à protéger judiciairement les fantasmes sexuels de chacun. Pourtant, le législateur se laisse prendre par ce discours et, ce faisant, c' est la loi qui favorise et accélère le morcellement de la société.
Le débat est vif dans les organisations internationales qui sont traversées par ce courant idéologique, comme le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais aussi le Parlement européen. La Constitution qui a été présentée aux Français en mai 2005 est imprégnée par l'idéologie du "gender".
Vos détracteurs disent que vous ne seriez que la voix de l'Église. Peut-on être à la fois prêtre et psychiatre-psychanaIyste, sans faire de prosélytisme ?
Quand on ne veut pas voir les problèmes, on s'en prend aux personnes. Il s'agit d'une vieille stratégie. Je me réjouis d'être, comme prêtre, la voix de l'Eglise. Mais comme praticien et enseignant, je respecte le domaine des processus de la vie psychique et j' examine leurs effets sur la vie sociale. Mes travaux s'inspirent de la psychanalyse, de la psychiatrie sociale, et de l'ethnopsycharlalyse, au nom de principes de raison. Je n'ai pas à m'inspirer d'intérêts confessionnels pour faire un travail de clinicien. Les processus psychiques ont leur propre logique qui ne se confond pas avec la vie morale ou spirituelle.
Propos recueillis par Agathe Fourgnaud .
Le Règne de Narcisse, les enjeux du déni de la différence sexuelle,
de Tony Anatrella, Presses de la Renaissance, 252 pages, 18 €.
Homophobie par Fabrice Madouas
Quand les gays font la loi
Lorsque le droit ignore la raison, les revendications communautaires exacerbent les tensions. Démonstration.
Peut-être est-ce insignifiant. Peut être n'y aura-t-il pas de lendemains. Mais il se passe quelque chose, ces jours-ci, dans les couloirs du métro. Comme une insurrection civique et silencieuse. Alma - Marceau, Brochant, Opéra, Bonne-Nouvelle... Partout, des affiches arrachées. Pas toutes! Seulement celles qui annoncent la tenue ce week-end, à Paris, du salon Rainbow Attitude consacré « aux gays, lesbiennes, bi et trans ainsi qu'à leurs amis gay friendly. » Deux visuels où l'on voit un"couple" d'hommes ou de femmes s'embrasser sur la bouche, barrés d'un slogan: « Ça change rien pour vous, et pour nous c'est important. »
Près de 2 000 de ces affiches ont été collées dans le métro le 13 octobre, et beaucoup aussitôt décollées par des gens dont on ne parle jamais, qui se découvrent soudain, plus nombreux qu'ils ne croyaient, rebelles aux injonctions "politiquement correctes".
Les organisateurs du salon Rainbow Attitude ne pouvaient pas ignorer que leurs visuels provocateurs susciteraient une vive polémique. Ils ont d'ailleurs imprimé, en vue du réassort, deux fois plus d'affiches qu'ils n'en ont collées! Dans leur dossier de presse, ils évoquent « une prise de position résolument militante ». Leur message s'adresse à la communauté gay mais aussi « à la classe politique dont la sensibilisation semble indispensable dans la démarche pour l'égalité des droits. »
Plusieurs conférences sur l"'homophobie" , réunissant des avocats, des juristes, des chercheurs et des militants associatifs, auront lieu dans le cadre de ce salon. Ces affiches s'inscrivent dans une stratégie politique fondée sur la menace de poursuites judiciaires. Pour ces associations, d' autant plus bruyantes qu'elles ne représentent que d'infimes minorités, est homophobe tout ce qui ne satisfait pas leurs revendications - ce qui interdit tout débat.
La société Métrobus, qui gère l'affichage publicitaire de la RATP a failli en faire les frais. Le 19 septembre, elle informe les dirigeants de Rainbow Attitude qu'elle ne peut pas accepter les visuels en l'état, au motif qu'ils risquent de « choquer l'ensemble des voyageurs ».
Un avis partagé par le Bureau de vérification de la publicité, « compte tenu de la nature du média concerné » : consulté par Métrobus, le BVP l'a mise en garde contre les réactions indignées que ces affiches, visibles par tous donc par des enfants, ne manqueraient pas de provoquer. La prudence commande qu'elles soient modifiées.
Dans le même temps, le comité d'éthique de la société lnsert, qui gère des espaces publicitaires en centre ville (les vitrines des petits commerçants),déconseille, à l'unanimité, l'affichage de cette campagne.
« Des décisions écœurantes et révoltantes » pour les militants homosexuels qui crient aussitôt à la « censure homophobe », tandis que Jack Lang et Bertrand Delanoë condamnent cette « décision discriminatoire ». Bien que Métrobus ait accepté des visuels moins choquants d'où le baiser a disparu, les organisateurs du salon menacent de l'attaquer en justice pour « refus de fourniture d'un service en raison de l'orientation sexuelle ». Le 30 septembre, ils saisissent la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité.
La Halde - c'est ainsi qu'on l'appelle - est inscrite dans la loi du 30 décembre 2004. Sa création « marque une étape décisive dans la lutte contre ces violences que sont les discriminations » , s'était alors réjouie Nicole Ameline, ministre de la Parité. Dotée d'un budget de 10,7 millions d'euros, elle emploie cinquante six personnes. Pour la présider, Jacques Chirac a choisi l'ancien patron de Renault, Louis Schweitzer.
« Sa mission est d'aider les victimes de discriminations à faire valoir leurs droits et à faire respecter leur dignité, a précisé le chef de l'Etat en procédant à son installation, le 23 juin. La Haute Autorité a aussi pour mission de faire évoluer les esprits, de contribuer à changer les mentalités, en permettant de mieux appréhender les phénomènes de discrimination », dont la liste s'allonge sans cesse au gré des revendications communautaires et minoritaires: à la fin du mois dernier, la Halde avait déjà reçu plus de 600 plaintes pour discriminations. Elle peut saisir la justice ou entreprendre une médiation entre parties.
C'est cette seconde solution que Louis Schweitzer a choisi dans cette affaire. Une "médiation" rondement menée! Il a suffi de deux coups de fil pour convaincre les patrons de la RATP AnneMarie Idrac, et de Métrobus, Gérard Unger, d'accepter la campagne controversée. Louis Schweitzer leur a tout simplement rappelé les peines encourues pour discrimination illégale: trois ans d'emprisonnement et 45000 euros d'amende selon l'article 225-2 du code pénal... « Je suis ravie que nous ayons trouvé un protocole d'accord, conclut Régine Corti, de Rainbow Attitude. Rien n'aurait été possible sans l'intervention de la Halde[1]. »
Depuis, des milliers de personnes ont protesté contre cette campagne auprès de la Régie des transports parisiens, dont la réponse mérite d'être citée: « La RATP se retrouve, malgré elle, au cœur d'un débat de société avec, d'une part, un article de loi contre la discrimination qui entraîne des sanctions pénales et, d'autre part, le souci de ne pas choquer ses voyageurs. Croyez bien que nous comprenons votre intervention que nous ne manquerons pas de verser au débat qui s'est ouvert. »
Au BVE on dit avoir reçu beaucoup plus de protestations de familles choquées par ces deux affiches que de courriers de personnes craignant leur interdiction avant l'intervention de la Haute autorité.
L’Italie a connu récemment une affaire semblable: l'Institut d'autodiscipline publicitaire (l'équivalent du BVP) a demandé l'interdiction d'affiches d'Oliviero Toscani montrant des homosexuels qui s'embrassaient et se caressaient : « L'ostentation vulgaire et provocante de situations liées à l'intimité sexuelle lèse de façon inacceptable la sensibilité du public », écrit l'IAP.
Une décision contraire à la protection de l'enfance
C’est aussi ce que pensent les Français de la campagne "Rainbow Attitude": selon un sondage réalisé par l'Ifop le 15 octobre, 67 % jugent anormal qu'elle soit affichée dans les transports publics, 62 % considèrent qu' elle peut choquer les enfants. Et les deux tiers donnent raison au BVP d'avoir voulu les protéger! 31 % seulement disent approuver la décision de la Halde que Jean-Marc Nesme, député UMP de Saône-et-Loire et membre de la mission parlementaire sur la famille, juge « contraire à la convention internationale des droits de l'enfant, ratifiée par la France ». C' est aussi l' avis d’Antoine Beauquier, président de l' association Familles Médias, qui rassemble environ 3000 familles en France : « La défense de l'enfance est de plus en plus oubliée, notamment en matière de publicité. On a privilégié les intérêts d'un groupe de pression au détriment de celui des jeunes ».
L’enfant. C' est le cœur du débat. Le mois dernier, c' est une mère de famille qui s'étonnait, dans Le Figaro, de trouver à la bibliothèque municipale de sa ville de province Jean a deux mamans, publié par l'Ecole des loisirs pour les moins de trois ans. Où le héros, un adorable petit loup, explique que ses deux mamans « s'aiment comme un papa et une maman ». L’ouvrage « fait l'objet d'une promotion active sur les sites d' associations comme l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) », souligne l'Observatoire du communautarisme.
Le 15 octobre est sorti, chez Ramsay, un guide, Fonder une famille homoparentale, dont les auteurs, Martine Gross et Mathieu Peyceré, sont membres de l'APGL. La préface est de Dominique Strauss Kahn, candidat déclaré à l'élection présidentielle. « L'immense mérite du débat sur l'homoparentalité, écrit -il, est précisément d'amener toute une société à renouveler un questionnement sur ce qu'est une famille, sur les droits de l'enfant, sur des liens sociaux nouveaux (...) Les enfants ne doivent pas être privés de la possibilité d'avoir deux parents responsables au motif qu'ils sont de même sexe. » Le 25 octobre s’ouvrira, à Paris, la troisième conférence internationale sur l'homoparentalité avec le soutien de plusieurs institutions : le CNRS, I'Ined, I'Ecole des hautes études en sciences sociales et la Mairie de Paris...
Subventions de l'État et des collectivités lôcales : l'argent coule à flot. La municipalité parisienne verse « environ 200 000 € par an répartis entre une douzaine d'associations LGBT (lesbiennes,
gays, bi et trans) », précise-t-elle dans le dossier de presse de la soirée "Tous égaux, tous en scène". Un événement organisé par la Ville le 15 octobre, en association avec le Conseil parisien de la jeunesse.
SOS homophobie veut s'imposer à l'école
Cette instance, composée de cent huit membres de 13 à 25 ans, dispose d'un budget de 80.000 € pour « réaliser librement des projets dont la mise en œuvre est assurée par "la mission citoyenneté" de la direction jeunesse et sports ».Elle a conçu, dans le cadre de sa campagne contre les discriminations, un visuel montrant deux hommes se tenant par la main. Avec ce slogan: « Choqué ? Et si c'était de l'homophobie ? »
Former les adolescents et les enfants à la lutte contre l"'homophobie" : c'est le nouvel objectif des associations homosexuelles. Malgré l'indignation de nombreux parents, SOS homophobie a reçu l'an dernier l'agrément du rectorat de Versailles lui permettant de présenter son « module de prévention contre l'homophobie et la lesbophobie » dans les collèges et lycées de l'académie.
Français, histoire, éducation civique... Tous les programmes y sont passés au crible de l"'homophobie". L'association s'étonne par exemple que l'enseignement de la sexualité, en sciences et vie de la terre, « ne repose que sur le schéma de la fécondation hétérosexuelle sans que soit abordée l'éventualité d'une orientation sexuelle différente. » En 2003, « plus de 700 élèves dans cinq régions ont été sensibilisés par notre association », se félicite SOS Homophobie.
Une "sensibilisation" qui n'est rien d'autre, pour les défenseurs de la famille, qu'un prosélytisme qui n'ose pas ( encore) dire son nom..
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