Le silence tactique de Philippe de Villiers
"Plus ça va, moins on comprend, et plus on se dit : "Est-ce qu'il y en a un qui est net ?"" C'est, selon Philippe de Villiers, le sentiment qui prévaudrait au sujet de l'affaire Clearstream, "très difficilement compréhensible, sauf pour les spécialistes".
"Persuadé que "cette affaire produit toute seule du "hors-système"" - ce terrain qu'il dispute au président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dans la perspective de l'élection présidentielle - le député européen estime qu'il est inutile d'en "rajouter". Inutile, voire dangereux : observant, au travers du cas du juge Renaud Van Ruymbeke, ce "système qui pourrit jusqu'à ceux qui voudraient le sauver", le président du Mouvement pour la France (MPF) en a tiré la conclusion que "tous ceux qui abordent l'affaire Clearstream en sont éclaboussés". Pour en donner une version plus imagée, M. de Villiers livre ce "dicton" emprunté, dit-il, à sa grand-mère vendéenne : "Quand tu rentres dans le têt à gorets (la porcherie), tu ressors plein de merde."
Relativement discret sur cette affaire, le président du MPF a pris soin de se tenir à l'écart du débat sur la motion de censure déposée par les députés socialistes. Une "grande mascarade", dit-il. "L'UDF vote avec la gauche, l'UMP maintient un premier ministre qu'elle n'a pas soutenu dans les réformes : le Parlement est devenu un théâtre de boulevard", a affirmé M. de Villiers - dans un communiqué diffusé mardi après-midi, pendant que les députés étaient dans l'Hémicycle -, dénonçant une "classe politique" qui "préfère se servir plutôt que de servir les Français".
"VRAIE MOTION DE CENSURE"
"On n'est pas là pour soutenir la droite ni pour être les supplétifs de la gauche", précise-t-il, en indiquant que s'il avait pu déposer une motion de censure, elle aurait été dirigée "contre toute la classe politique". Ce souci affiché de "renvoyer dos à dos la droite et la gauche" se double d'une préoccupation tactique. Affirmant qu'une partie des électeurs UMP est "en train" de le rejoindre, M. de Villiers ne veut pas se montrer "trop maladroit et cassant" à leur égard. Les deux députés du MPF, Véronique Besse et Joël Sarlot, n'ont pas participé au vote de la motion. Selon Mme Besse, "la vraie motion de censure, ce sera en avril 2007", lors de l'élection présidentielle.
| VILLIERS ET 2007 |
"La perspective réelle de Villiers est 2012"
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NOUVELOBS.COM | 30.05.06 | 11:48
par Jean-Yves Camus,
spécialiste de l'extrême-droite,
chercheur associé
à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques).
Philippe de Villiers lie la victoire, il y a un an, du "non" à la Constitution européenne à une victoire en 2007, parlant de la "naissance d'un patriotisme populaire". Est-ce qu'effectivement de Villiers et l'extrême-droite ont profité de la victoire du "non" ?
- Le "non" a été majoritairement de gauche. On ne peut pas dire non plus qu'un "non" de droite n'a pas existé mais en aucun cas Philippe de Villiers ne tient l'hégémonie sur ce "non" européen de droite. Le vote contestataire à droite a été mené par l'électorat frontiste et par une partie de l'UMP. Je le répète: le "non" a été avant tout de gauche. Majoritairement, il a traversé le spectre politique. Ce vote populaire fut porté par des socialistes, Chevènement, l'extrême-gauche… Philippe de Villiers ne peut absolument pas se prévaloir d'une propriété exclusive du "non" de 2005.
Il se pose en candidat "anti-corruption", reprenant les thèmes de la peine de mort, la Turquie, les affaires, la TVA, l'école… Il évoque une "francisation" indispensable de la France. Y-a-t-il un glissement de plus en plus extrême au MPF ?
- Le changement s'est amorcé en grande pompe à partir de l'Université d'été du MPF à Grasse.
Le 11 septembre 2005, Philippe de Villiers y a dénoncé l'islamisation de la France. Cette date renvoyait évidemment aux attentats du 11 septembre 2001, et ce à escient. Il reprend depuis pas mal de thématiques classiques de l'extrême-droite. On observe une radicalisation du discours au sein du Mouvement pour la France. Par effet de contraste, le FN a choisi un recentrage de son discours. Dans l'ouvrage de Marine Le Pen, "A contre flots", ou dans les discours de Jean-Marie Le Pen, on ne ressent plus autant cette idéologie identitaire qui est désormais omniprésente chez de Villiers. Un contraste particulièrement visible lors des émeutes en banlieue en novembre dernier : le FN a pointé les dysfonctionnements de l'Etat, les problèmes d'immigration, alors que de Villiers a analysé la situation comme un phénomène religieux.
A-t-il une chance en 2007 de prendre des voix au Front national, pour l'instant silencieux ? Quelles sont les perspectives pour Villiers en 2007 ?
- La perspective réelle de Philippe de Villiers se situe en 2012. Aujourd'hui les intentions de votes pour le MPF sont en dessous du FN.
La campagne débutera vraiment à la rentrée mais le renversement de tendance est difficile à imaginer. La stratégie "villiériste" va se structurer en deux temps. En 2007, Philippe de Villiers va tout faire pour amasser des voix et devenir ainsi le "flotteur droit" d'une majorité portée par Nicolas Sarkozy. En 2012, il tentera à ce moment-là d'inverser le schéma.
Le discours du MPF ne constitue en rien une rupture. Quand il parle de peine de mort, il sait que les avis sont partagés au sein même de la droite. Il connaît les partis. N'oublions pas qu'il gère la région de la Vendée, aux côtés d'autres partis politiques avec qui il est obligé de négocier. Un désavantage par rapport à Jean-Marie Le Pen. Celui-ci a toujours gardé la posture du politique dégagé du système, de l'Etat, et il n'a effectivement jamais été lié à la majorité. Philippe de Villiers, au contraire, a conscience qu'il traîne un boulet: il fait partie de la caste dirigeante et il fut ministre. Le Pen a toujours été extérieur au système et reste le plus à même de capter le vote contestataire. Autre avantage: le FN possède une base sociologique beaucoup plus large que le MPF.
Propos recueillis par Séverine De Smet
(le mardi 30 mai 2006)
LE MONDE | 11.09.06 | 14h57 • Mis à jour le 11.09.06 | 14h57GUIDEL (Morbihan) ENVOYÉE SPÉCIALE |
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AFP/FRED TANNEAU
Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), lors de l'univesité d'été de son parti, le 10 septembre 2006, à Guidel, dans le Morbihan. |
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